Néfastes végétaux au port majestueux, Vos graines ont germé par une nuit maudite, Sous l'oeil d'un astre fauve, hostile et monstrueux. Vos noms même, suspects au sage qui médite, Furent bannis du Verbe, en ces temps anciens Où savoir vos vertus était chose interdite. Des Sagas de Colchide et des Égyptiens Cueillaient, lors, sous l'effroi de la lune sanglante, Votre racine, chère aux seuls magiciens. Qui, mariant la Sève acerbe d'une plante Avec la lymphe morte extraite des os blancs, Sous l'incantation modulée à voix lente,. Distillaient, vers minuit, ces philtres accablants Par quoi la chasteté des vierges de la Grèce Croulait, offrant à nu le trésor des beaux flancs. Les hommes, ballottés au vent de la détresse, Sur l'océan du Spleen en tous temps, en tous lieux - Fleurs fatales, ont bu votre suc, dont l'ivresse Les a guidés au port du trépas glorieux!... Ceux-là vous ont chéris, O dictames tragiques, Que gorgeait le dédain des hommes et des dieux. - Mais Nous, qui redoutons les Puissances magiques et l'occulte Science, et l'Ombre, et la Fureur De vos effluves noirs puissamment léthargiques, Nous ne parlons de vous qu'en frissonnant d'horreur! Pourtant, Fleurs dangereuses, Vous êtes généreuses Parfois – et guérissez Les coeurs blessés! Douce est votre caresse Aux parias, qu'oppresse Ce qu'on ne peut bannir : Le Souvenir!Pavot blanc de l'Asie, Quand la froide Aspasie Fait ramper l'un de nous A ses genoux, Ton Opium, ô plante, Lui rend l'âme indolente, Et, contre le chagrin, Toute d'airain, Et ta Morphine amère Calme la pauvre mère Que l'obsession mord D'un enfant mort... Au monstre solitaire Qui se cache sous terre, Tout coeur demeurant sourd A son amour, Divin Haschich, tu livres Les belles houris ivres - Aux lèvres de corail - De ton sérail. Salut, Flore équivoque! L'infortuné t'invoque: Dompteuses de douleurs, Salut, ô fleurs! Soyez bénis, en somme, Sucs qui versez à l'homme Au visage pâli Le calme oubli!
Stanislas de Guaita (également connu comme Lugubric de Pravaz) - poème
écrit vers 1894 sans doute - Guaita était plus connu comme adepte des
sciences occultes. Il est mort en 1897 à 36 ans , complètement ravagé
par les drogues. La morphine et la cocaïne étaient en vente libre.
(Note de Gilac - 8.02.2010)
Nouvelles notes sur les essais d'opium, présentés à Messieurs les membres du jury de l'Exposition Universelle de l'année 1867, par A. Guillermond.
SINGAPOUR en 1937
Les japonais avaient envahi le pays et fait comme en Chine. Ils ont organisé le marché des stupéfiants, forçant les "addicts" à s'enregistrer et leur vendant à chaque demande de permis d'opium à fumer un peu plus cher (soit disant pour les inciter à décrocher - de préférence à la morphine -vendue encore plus cher) chaque fois qu'ils demandaient un renouvellement de permis. Contre une somme conséquente, ils octroyaient ainsi le droit d'acheter 3 grammes de chandoo par jour. Gare à celui qui n'était pas enregistré. Il était passible des travaux forcés, voire de la peine de mort
En direct de La Bibliothèque Nationale (Gallica), voici, à feuilleter RIMES CHINOISES de Matgioi (Albert de Pouvourville) Alphonse Lemerre, Éditeur (1904).